Japon
A droite: les trois membres de l'équipage, de gauche à droite :
Shigenobu Yanagi, alias "Gipsy Zamba", leader et pilote ; Hajime
Narata, navigateur ; et Atsushi Matsuura, co-pilote et propriétaire de
l'auto.
Narata-san, 61 ans aujourd'hui, est le
Président-fondateur d'une PME d'équipements
industriels domiciliée à Tokyo. Il n'en revient pas qu'on
vienne le rencontrer pour l'entendre parler de cette
course, tant d'années après.
"J'avais presque oublié tout cela. Je n'ai rien gardé, j'ai
perdu de vue mes coéquipiers, et je n'ai jamais
participé à d'autres courses."
"J'étais étudiant à l'époque. Un jour, un copain appelé
Matsuura a débarqué avec une DS, en disant qu'il
voulait faire le Rallye des Alpes. Il voulait que je sois son
navigateur, chose que je n'avais jamais faite ! Il a par
ailleurs convaincu un certain Yanagi d'être le pilote
principal. Ce Yanagi, qui se faisait appeler "Gipsy
Zamba" (Zamba le Gitan), avait un bon coup de volant
et était un sportif accompli. Plus tard il est devenu
cascadeur, et il a fait du catch aussi."
"On savait que la course était dure, mais on ne s'est
pas du tout préparés, et la voiture pas plus que nous
d'ailleurs. On se disait qu'avec la DS et son système
hydraulique, permettant de jouer avec la hauteur de
caisse, on pourrait faire la différence sur les routes en
mauvais état. Alors on est partis, avec une seule idée
en tête: essayer de ne jamais être en retard."
"Ce ne devait pas être une bonne idée en fait, parce
que l'objectif était d'arriver exactement dans le temps
imparti à chaque check-point entre les sections. Pour
chaque minute d'avance ou de retard, on recevait un
point de pénalité, et ces points se cumulaient. En fait on
était toujours en avance à chaque check-point, et on
faisait course en tête a mi-parcours ! Probablement pas
la meilleure tactique, quand on y réfléchit bien...
Inscrite en classe 3 (plus de 1,200 cc), et
portant le numéro 48, la DS est une 21
Pallas, probablement de 1966. La
préparation à la course a été pour le moins
sommaire: dépose des jantes, et ajout
d'anti-brouillards.
Ci-dessus: assis à l'avant, avec tout un
appareillage de cartes, chronomètres et
odomètres, la navigateur jouait un rôle
essentiel dans ces compétitions. Les autos
étaient censées couvrir chacune des 24
sections du parcours à une vitesse
pré-déterminée, mais les détails du parcours
n'étaient donnés qu'à la dernière minute, et le
lieu des check-points était tenu secret.
Pour sa 9ème édition, le Rallye
des Alpes du Japon couvrait
1,900 km de routes ouvertes dans
la région montagneuse du Japon
central (appelée "Alpes
Japonaises"). Le départ et
l'arrivée se tenaient à Tokyo, et le
point culminant était le Mont
Norikura, à 3,026 m d'altitude.
Le départ fut donné le 14
septembre 1967, et la course
dura quatre jours, avec seulement
une nuit de repos, dans le fameux
hôtel Hakuunro à Kanazawa.
Le rallye était réputé éprouvant
pour les équipages, et pour les
autos : en 1967, sur 80 au départ,
seulement 59 franchirent la ligne
d'arrivée. La DS était en 59ème
position... mais elle a été jusqu'au
bout après tout !
"En fait à un certain moment on a cru qu'on avait
gagné... Comme je l'ai dit, on faisait route avant tout le
monde, et du côté de la péninsule de Noto, la route
côtière, déjà bien abîmée par un typhon qui était passé
par là quelques heures plus tôt, se faisait emporter par
les vagues. On a réussi à passer tout juste, mais on a
appris au check-point suivant que les autres
concurrents avaient du rebrousser chemin et prendre un
détour. Le réglement stipulait bien qu'une section était
valable dès lors qu'une voiture était passée, et on a
donc cru que c'était gagné ! Mais à l'arrivée, on nous a
dit que cette règle n'était pas valable en cas de
"catastrophe naturelle", et que la section avait été
purement et simplement annulée...
"Un peu plus tard, on a perdu beaucoup de temps au
sommet du Mont Norikura. C'était la nuit, on n'y voyait
rien à cause du brouillard. Finalement on a suivi un
concurrent, mais on a pris tellement de points de
pénalité qu'à l'arrivée on était bons derniers, à la
59ème place ! Mais bon, on est arrivés..."
"Je ne sais pas ce qu'est devenue la voiture, et j'ai
perdu le contact avec mes coéquipiers. Plus tard, j'ai eu
l'occasion d'essayer une DS une fois, mais je n'ai
jamais pensé à en acheter une."

Ci-dessus: une route côtière dans la
péninsule de Noto, déjà bien abîmée par un
typhon, fut emportée par les vagues. Mais la
DS, qui faisait route avant tout le monde, avait
eu le temps (et l'hydraulique) de passer...
A gauche : devant le pittoresque groupe de
rochers "mari et femme" de Hatago-iwa, dans
la péninsule de Noto (photo extraite du
magazine "68 Shinsha Album", nov. 1967).
Ci-dessus: Zamba et ses coéquipiers ont bien
essayé de protester et de faire valoir que
c'était eux les vrais vainqueurs, mais sans
succès.
A gauche: les équipages étaient sur les
genoux après 1,900 km de routes défoncées
et très peu de sommeil... Quarante ans plus
tard, quand on demande à Narata-san quel
est son meilleur souvenir de la course, il
répond : "Le massage à l'hôtel"...
Remerciements à Narata-san bien sûr, mais aussi à
Michitaka Shibuya, qui organisait la course à l'époque,
et qui a aimablement fourni ces documents tout
simplement exceptionnels.
"C'est moi, là, qui sort de la voiture !" nous explique
Narata-san, totalement bluffé de voir toutes ces photos
pour la première fois, plus de quarante ans après la
course. C'était le navigateur de la DS participant à la
9ème édition du fameux Rallye des Alpes du Japon, en
1967, et il nous a tout raconté.
Page créée le 15/09/2008
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