Japon
Superbe cliché, pris pendant une exposition d'automobiles
étrangères organisée à Enoshima, une station balnéaire
proche de Tokyo, les 14 et 15 mai 1960. Selon la rumeur, il
avait fallu que l'expo se tienne en dehors de Tokyo afin de
ne pas froisser les constructeurs nationaux... L'intérêt pour
les modèles étrangers était alors immense, mais la
prétendue "libéralisation des importations" consistait en
fait en une augmentation limitée des quotas, et les droits
de douane restaient élevés. A Enoshima, des modèles de
toutes les marques américaines et européennes étaient
présentés, mais cette photo mémorable montre bien à
quel point la DS attirait l'attention à l'époque. Sur la plaque,
"Citroën" peint en japonais; la voiture est effectivement une
ID19, mais toujours sans la poignée de coffre, qui
n'apparaîtra que l'année suivante (Jikayosha - The owner
driver, Juillet 1960).
Ci-dessus: M. Ogawa, Président de société, avec son
ID19 de 1962. "Le jour où je l'ai achetée, je l'ai conduite
jusqu'à Karuizawa, et je l'ai tout de suite appréciée",
commente-t-il. "C'est une voiture pour ceux qui savent
apprécier, pas comme ces américaines." Et vlan. (Car
Graphic, juillet 1962).
Ci-dessus: M. Matsuda, médecin généraliste, et sa
DS19 de 1962. "J'avais déja essayé plusieurs marques,
mais je suis devenu fan de Citroën le jour où j'ai eu ma
2CV de 1954. Récemment j'ai fait l'aller-retour jusqu'à
Akita, sans aucun problème," raconte-t-il. "Je pense que
les Citroën sont supérieures de par leur confort, et
aussi parce qu'elles sont économiques. Plus je les
conduit, plus je les aime. Vraiment de bonnes voitures."
(Car Graphic, juillet 1962).
M. Aoi est un vrai Citroëniste. Dans une interview
publiée par Car Graphic (novembre 2005), il se rappelle
sa première rencontre avec l'ID19, lors de la "Première
Exposition d'Automobiles Etrangères d'Osaka", en 1963:
"Je l'avais vue en photo dans des magazines, mais
c'était la première fois que je la voyais en vrai. Je m'en
suis approché doucement, sans la quitter des yeux,
lorsque M. Hatsuya, un dirigeant du représentant de la
marque au Japon, Nichifutsu Jidosha, engagea la
conversation avec ces mots : "Personne n'ose s'en
approcher, alors qu'elle a vingt ans d'avance sur les
autres modèles américains ou européens ! Si vous
venez si près, c'est que vous êtes un connaisseur... "
Hatsuya-san se mit alors à tout expliquer sur la voiture,
de la suspension hydro-pneumatique jusqu'aux sièges
avant rabattables. Honnêtement cette voiture ne
m'attirait pas tant que cela avant l'expo, mais là je devins
totalement enthousiaste."
Quelques jours plus tard, Aoi-san commande son ID19,
qu'il reçoit trois mois plus tard. Mais les coûts sont
élevés (210% de droits de douane, plus les dépenses
d'utilisation de toute nature), et après quelques années,
Aoi-san décide de ne plus s'en servir. Il conduit par la
suite une GS, une 2CV, une SM, puis une autre DS...
Mais cette toute première ID19, avec 28.885 km au
compteur, est toujours dans son garage !
La photo en haut à gauche a été prise quand Aoi-san
prit son ID pour faire la route d'Osaka à Harumi, près de
Tokyo, en 1965.
L'autre photo, ci-dessus, est très intéressante: elle
montre Aoi-san avec une autre ID, qu'il avait rachetée
sur la demande d'un ami auprès de ...Honda, oui, le
fabricant automobile, qui l'avait achetée afin d'étudier la
technologie de la traction avant.
M. Hayashi, propriétaire d'une pharmacie à Omiya, a
une passion : la restauration d'anciennes japonaises.
L'une des voitures qu'il utilise néanmoins au quotidien
est une Citroën ID19 ; il explique ainsi pourquoi il l'aime:
"Parce qu'un jour viendra où on ne pourra plus conduire
de voiture ayant une personnalité." (Watashi no Kuruma
(Mon auto), novembre 1974).
M. Sugiyama (troisième à partir de la droite) est
probablement le Citroëniste le plus connu du Japon.
Gynécologiste à Yokkaichi, pas très loin de Nagoya, il a
été Président du Club Citroën du Japon durant de
nombreuses années, et a possédé plusieurs Citroën, à
commencer par l'une des toutes premières ID19
(Citroen Japan Club News, automne 2004).
Le chapitre "marques françaises" d'un livre
publié en novembre 1960 et ayant pour titre
"Yasashiku jitsuyotekina gaisha no chishiki"
(Introduction facile et pratique aux voitures
étrangères) donne une bonne idée de
l'ambiance qui entourait l'apparition de la
nouvelle Citroën. Ci-après quelques
morceaux choisis :
"Les Français adorent l'originalité et la
rareté. Ils aiment découvrir de nouvelles
choses."
(Quand la première DS fit son apparition
dans une rue de Tokyo) "les gens
s'approchaient et se demandaient tout haut
"Qu'est-ce que c'est, une Studebaker ? Ou
la dernière Toyopet ?" Pas mal vu, elles ont
quelque chose en commun en effet. Mais le
fait est que personne n'était capable de dire
qu'il s'agissait d'une Citroën."
"Comparativement aux autres marques, très
peu de Citroëns ont été importées au Japon
après la guerre, et le Tokyoïte moyen ne
connaît probablement pas cette marque.
Comme aucune importation n'a pu se faire
après 1953, le parc de Citroën japonaises
diminue d'année en année, et mis à part les
vrais amateurs, la plupart des gens ont
oublié jusqu'à l'existence de ce fabricant. De
nos jours, les personnes qui gardent encore
leur 11CV, dont la production s'est arrêtée
en 1957, ou leur 2CV, qui était difficile à
obtenir, ne doivent plus guère être
nombreux."
"Pendant une exposition automobile l'autre
jour, les autos qui attiraient le plus la foule, à
commencer par les jeunes femmes, étaient
la DS19 type USA, et l'ID19 confort."
Mais revenons à notre guide des autos
étrangères, chapitre "Marques françaises".
L'auteur explique:
"Quand elle fut dévoilée cette auto fit la
couverture des magazines du monde entier,
Japon compris ; cinq années se sont
écoulées depuis. C'est parce que Citroën a
refusé d'exporter cette voiture au Japon.
Quelles pouvaient en être les raisons ? Deux
hypothèses peuvent être formulées : 1- La
maintenance ne pouvait pas être assurée au
Japon. 2- A la différence d'autres pays, le
Japon n'a pas de tradition d'ingénierie
automobile. On a pu craindre que si la DS
avait été exportée ici, tout le savoir-faire
accumulé au prix de nombreux efforts au fil
des ans par Citroën aurait été absorbé (et
d'ailleurs, il avait été tenté d'en faire venir
une ici, afin d'étudier la suspension
hydro-pneumatique, mais en vain)."
L'auteur continue sa glorification de la DS :
"Les caractéristiques de la Citroën peuvent
se résumer comme suit : confort, vitesse,
puissance, consommation d'essence,
maniabilité exceptionnelle, durabilité,
maintenance aisée. Le tout réuni dans une
seule voiture, pour la première fois."
L'auteur conclut avec une remarque
hautement prémonitoire : "Etant donné les
sommes nécessaires aux études et au
marketing pour atteindre ce résultat, on dit
que Citroën ne récupérera jamais sa mise
avec ce modèle. Mais comme ce
constructeur vit des profits générés sur le
marché du camion, il est généralement
considéré que cela ne devrait pas poser de
problème."
Quelles pouvaient être les réactions des premiers et aventureux acheteurs nippons d'une
DS19 ou d'une ID19, lors de l'ouverture du marché aux importations, progressive et partielle,
vers 1962 ?
Page créée le 30/06/2009
Tous droits réservés DSinAsia 2006-2012, sauf mention contraire
Les premières DS japonaises ont toutes ces rétroviseurs montés sur les ailes, ajoutés manifestement par
l'importateur pour des raisons réglementaires. Jolies photos, prises en 1966, trouvées parmi beaucoup d'autres
sur le site suivant (japonais) :