Japon
A gauche: André-Marc Chevallier, Directeur
Général des "Sociétés du Groupe Denis
Frères au Japon”, sur cette photo non
datée. Sur sa droite se trouve Hatsuya-san,
chargé de Citroën. (doc. A.-M. Chevallier)
De son propre aveu, André-Marc
Chevallier, 80 ans quand j’ai pu le
rencontrer à Paris en juin 2010, a
pu goûter à une expérience
professionnelle et personnelle hors
du commun au Japon. Il a
débarqué à Tokyo en 1951 sur
l'invitation de son oncle François
Chevallier, qui y avait créé une
maison de commerce appelée
"Comptoir des Produits
Métallurgiques Tubulaires et
Miniers" (ils aimaient les noms à
rallonge à cette époque, n’est-ce
pas ?), "Prometumi" en abrégé,
simplifié en "MTM" en 1958. Il
gérait également d'autres
entreprises, comme la Shinga Ei,
s'occupant de promotion du
cinéma français au Japon. En
1956, André-Marc se vit demander
de créer une nouvelle filiale, la
"Société Centrale d’Echanges
Techniques Internationaux"
(SCETI), avec pour objectif de
promouvoir et vendre la
technologie française au Japon ;
puis, cette même année, son oncle
ayant décidé de prendre sa retraite
en France, il laissa les rênes de
l'ensemble à André-Marc,
seulement 26 ans à l’époque.


Pendant ce temps, Nichifutsu
Boeki (litt. "Import-Export Franco-
japonais") était une autre maison
de commerce, créée avant-guerre
et dirigée par un autre Français,
Roger Péricat, et dont la principale
activité était de représenter la
maison de commerce française
Denis Frères, sise à Bordeaux.
Commençons par M. Chevallier. Il n’était pas directement impliqué dans les affaires Citroën,
mais il a gardé le souvenir d’une rencontre unique: bien avant la fusion avec Nichifutsu, son
oncle François l’avait envoyé à Paris afin de proposer une représentation au Japon à un
certain nombre de sociétés françaises,  dont Citroën. Cela se passait au printemps 1956 :
"J'étais surpris d’être reçu par le grand patron en personne (Robert Puiseux probablement). Il
était très négatif, se plaignait de tous les soucis qu’ils avaient eu sur ce marché auparavant,
et dit qu’il n'était pas intéressé." Pas tout-à-fait étonnant, quand on sait que Citroën avait du
faire face à des problèmes juridiques insurmontables, avant-guerre, à cause d’un Japonais
du nom de Yamauchi qui avait déposé la marque Citroën dans ce pays et refusait tout
compromis… Néanmoins, l’autre maison de commerce, Nichifutsu, obtint finalement ces
fameux droits de représentation, en 1958, dont M. Chevallier se retrouva en charge après la
fusion de 1959.
Roger Péricat.


André-Marc
Chevallier.
Ces profils de sociétés sont extraits de publications de la Chambre de Commerce et d’Industrie Française au Japon ;
"Bulletin Jan.-Fév. 1955" (à gauche), quand Nichifutsu Boeki, fondé et géré par Roger Péricat, s’occupait principalement de
représenter la firme française Denis Frères ; et "Economie et Marchés  Jan. 1969" (à droite), donc bien après le
rapprochement de 1959 avec une autre maison de commerce, créée localement par François Chevallier, la SCETI,
formant ainsi les "Sociétés du Groupe Denis Frères au Japon", dirigées à partir de 1961 par son neveu André-Marc
Chevallier. Il est intéressant de noter que Citroën n’était que l’une des nombreuses activités de ce groupe de sociétés
finalement assez modeste, ce qui en explique certainement pour une part le peu de succès. D’ailleurs, c’est un peu plus
tard, cette même année, que les droits de représentation de Citroën au Japon furent transférés au groupe Seibu, un
acteur majeur du secteur de la distribution au Japon.
Ci-dessus: ces photos, datées de 1966, montrent plusieurs modèles de la gamme Citroën exposés dans la cour et
devant l'immeuble MTM.  Selon M. Chevallier, Hatsuya-san organisait parfois de telles expositions pour les journalistes et
les clients potentiels, en l’absence d'un véritable show-room. Ces photos proviennent d’un site japonais qui recèle un
grand nombre de jolies photos d’époque,
dont voici le lien (japonais) :
http://blog.goo.ne.jp/koyapop/e/23f65e6421ed247fd1fcf0cad085681b
Au tour de M. Audinet maintenant. Il ne
cherche pas à cacher que l'affaire Citroën n’a
pas été un succès : "D’abord un essai, puis un
semi-échec… Nous avons réussi à vendre au
plus 30 à 50 voitures par an, et c’était la moins
profitable de nos activités. Pour nous, Citroën,
cela représentait surtout des soucis et des
ennuis."

"Les responsables de Citroën visitaient
rarement le Japon ; ils ne s’intéressaient pas
du tout à ce que nous faisions, ils
n'investissaient pas, et leurs réactions étaient
plutôt arrogantes quand nous leur demandions
quelque chose."

"Nichifutsu seul n’avait évidemment pas les
moyens de développer la marque au Japon, et
c’est donc tout naturellement que nous avons
préféré jeter l’éponge dès que l’occasion s’est
présentée, quand le groupe Seibu a manifesté
son intérêt. On dit que c’est Kumiko Tsutsumi,
la fille du fondateur de Seibu, qui, ayant
séjourné en France, a proposé à son père de
montrer des Citroën dans ses grands
magasins."

“Une grande partie des rares acheteurs de DS
étaient des Japonais de retour d’une
expatriation en Europe. Des médecins, des
artistes… Des étrangers, également, mais
l'ambassadeur français n’en avait pas, il la
trouvait trop "étrange", trop innovante. Le
consul, un certain Claude Bredillet, avait, lui,
une DS, et il adorait s’arrêter un peu partout
pour faire une démonstration du système
hydraulique qui pouvait faire monter et
descendre l’auto à volonté…"

"Les autorités nous demandaient beaucoup
d'informations sur ce système hydraulique,
mais nous devions faire attention car en ces
temps-là, le Japon faisait tout pour voler et
copier les technologies étrangères."

Citroën, et la DS, ne se sont donc pas traduits
en ventes et en profit pour son importateur
japonais, en comparaison à ses autres
activités en tous cas. Mais cela n’a pas
empêché la DS de se constituer son propre
public d’amateurs, comme de nombreux
documents et témoignages peuvent le montrer.
Hirao-san, qui a travaillé comme secrétaire de direction,
a gardé quelques photos et beaucoup de bons
souvenirs de ses années dans l’immeuble MTM. On peut
la voir ici lors de la présentation de la DS année-modèle
1967 (ci-dessus) ; avec un jeune collègue, Ohtsu-kun,
qui travaillait précisément pour Nichifutsu Jidosha (ci-
dessous), et enfin avec d’autres collègues féminines,
devant l’immeuble MTM (en bas) (documents Y. Hirao).
Cependant, en 1958, Roger Péricat avait
obtenu de représenter Citroën au Japon, et il
avait créé la filiale "Nichifutsu Jidosha"
(littéralement "Automobiles Franco-
Japonaises") à cet effet. En septembre de cette
année, au moment où la toute première ID19
débarquait au Japon, François Chevallier
accepta de vendre ses sociétés, MTM et la
SCETI, à Denis Frères, ce qui se concrétisa le
1er janvier 1959, et Nichifutsu emménagea
dans l’immeuble MTM quelques mois plus tard.

Deux ans après, en 1961, sur la demande
de la direction du groupe à Bordeaux, André-
Marc Chevallier, 30 ans à cette époque, fut
promu Directeur Général de l’ensemble des
sociétés du groupe au Japon. Il conserva cette
fonction jusqu’à son retour en France en 1967.
Il fut alors remplacé par celui qui avait été son
adjoint dès 1962, Bertrand Audinet de
Pieuchon. Alors que M. Chevallier portait toute
son attention sur l'activité de transferts de
technologie, M. Audinet était plus impliqué
dans la partie commerciale, incluant Citroën.
Lui aussi avait 80 ans quand j'ai pu lui parler,
en novembre 2009. Bien que les opérations
aient été entre les mains de M. Hatsuya, M.
Audinet a pu ainsi garder de nombreux
souvenirs.
Ci-dessus : le fameux Citroëniste et futur Président du
Club Citroën du Japon, M. Sugiyama, prenant la pose
devant les "chevrons" du mur d’enceinte de l’immeuble
MTM (doc. T. Sugiyama).
(Remerciements à MM. Chevallier, Audinet,
Martin et Mme. Hirao pour leur gentillesse.)
Ci-dessous: Hatsuya-san est present sur cette photo, à
gauche, à côté de l’Ami 6, à l’occasion du Salon de l’Auto
de 1964. L’Ami,  tout comme la 2CV, ne se sont pas bien
vendues non plus, ne correspondant pas à ce que les
acheteurs japonais attendaient d’une voiture importée,
c'est-à-dire chère. Photo parue en couverture de la
publication de la Chambre de Commerce et d’Industrie au
Japon, "Economie et marchés", fév. 1965.
Nichifutsu Jidosha était une filiale
de Nichifutsu Boeki, une maison
de commerce créée localement
par un Français, Roger Péricat.
Elle s’unit en 1959 à une autre
maison, formant ainsi les
"Sociétés du Groupe Denis
Frères au Japon", et continua de
représenter Citroën jusqu’en
1969. Quelques-uns de ses
anciens directeurs et personnel
ont bien voulu partager leurs
photos et souvenirs.
Ci-dessus: le “MTM Building” dans le quartier d'Akasaka, hébergeant
toutes les activités des "Sociétés du Groupe Denis Frères au Japon" à
partir de 1959. Nichifutsu Jidosha, la filiale s’occupant des ventes de
Citroën, avait ses bureaux au rez-de-chaussée. La maintenance et les
menues réparations pouvaient être assurées dans un atelier à l’arrière
semble-t-il, mais il n’y avait pas de show-room.  Une Traction, ainsi que
des "chevrons" Citroën, sont visibles en avant-plan (photo extraite d’une
brochure Denis Frères éditée en 1963, doc. J.-P. Martin).

Ci-dessous : une photo de groupe, prise devant le "MTM Building", peut-
être durant la dernière visite au Japon de l’oncle d’André-Marc, François
Chevallier (neuvième à partir de la droite, devant son neveu), vers le milieu
des années 60. Au-dessus de la porte en arrière-plan, on peut distinguer
"Nichifutsu Jidosha" , suivi de "Kabushiki Kaisha", l’équivalent japonais de
"société anonyme" (doc. Y. Hirao).
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Page créée le 20/09/2010, révisée le 18/06/2011