Ci-dessus: Jacques Paris (deuxième à partir de la
gauche) lors d'une promotion de la nouvelle Ami 6 dans
un grand hôtel de Bangkok. A sa droite, "Monsieur
Pelanne, l'un des directeurs de l'usine parisienne de
Citroën, qui est venu parler de l'expansion de Citroën en
Thaïlande et dans l'Extrême-Orient" (Bangkok Post, 23
février 1962).

A gauche: l'une des toutes premières publicités parues
en Thaïlande pour la DS / ID19 s'appuie sur l'image
"élégante" de la France, ce qui d'ailleurs n'a pas empêché
le public thaï d'affubler rapidement l'auto du gentil surnom
de "Naa gop" (face de grenouille) (Bangkok Post, 14 mai
1959).
Jacques Paris (à gauche, avec la
cigarette) a tenté de promouvoir
la gamme Citroën en organisant
des rallyes d'endurance dans
tout le pays, par exemple avec
cette Ami 6, qui a couvert les 800
km vers Chiang Mai "plus
rapidement qu'un train express",
plus précisément en 11 heures
et 20 minutes, à la vitesse
moyenne de... 72  km/h (Bangkok
Post, 7 juin 1962).
Ci-dessous : un autre galop
d'essai organisé par Jacques
Paris emmena une Ami 6 à la
rencontre des tribus Mousser
(Lahu)  dans le nord du pays,
comme le montre cet entrefilet
dans une publication destinée au
réseau des concessionnaires
français de Citroën
(Double-Chevron, été 1966).
Ci-dessus: on peut encore voir le panneau "Citroën" devant
l'ancien bâtiment de "Siam Motor Supplies", rue Suriwong, sur
cette photo prise manifestement vers le début des années 70,
après que Jacques Paris eut fermé boutique (doc. Kris Asvanon).

A gauche : la nouvelle DS21 annoncée dans un journal local en
langue thaïe (Daily News, 7 octobre 1965).
En 1955, le jeune Jacques Paris (25 ans) était employé au
Service Exportation de Citroën, Quai de Javel à Paris, lorsqu’il
apprit que Georges Desrues, l’agent de la marque pour le
Cambodge et la Thaïlande, cherchait des candidats pour
l'aider à développer les ventes. Désireux de tenter l’aventure, il
se proposa, et se retrouva la même année à Phnom Penh, où
il s’occupa de vendre des 2CV. Deux ans plus tard il fut
envoyé à Bangkok avec pour mission de lancer la DS sur le
marché thaïlandais.

L’agence de Bangkok s’appelait alors "Siam Motor Supplies",
et elle se situait à l’angle des rues Suriwong et Sap, sur un
terrain loué à la célèbre famille Bunnag. Des Traction avaient
été importées, mais seuls quelques enseignes pouvaient les
entretenir ou fournir des pièces de rechange, comme "Oriental
Motors", situé tout près.
Ci-dessus: Siam Motor
Supplies lança la version break
en 1960. Les commandes
étaient activement recherchées
pour les "livraisons à domicile",
c'est-à-dire hors de Thaïlande,
pour les expatriés retournant
chez eux (Bangkok Post, 25 mai
1960).
A gauche : Une DS19 sur la
route d'Ayutthaya, lors d'un
essai organisé par Siam Motor
Supplies pour le Bangkok Post.
C'est une conduite à droite,
fabriquée dans l'usine anglaise
de Citroën à Slough, comme
l'indique le logo sur la partie
basse du capot. Les
commentaires sont positifs,
mais pas particulièrement
enthousiastes (Bangkok Post,
22 novembre 1960).
Un des premiers clients du jeune Jacques fut
le maréchal Phibun Songkhram, le plus
important dirigeant de la Thaïlande d'avant et
d'après-guerre, et toujours son Premier
Ministre en 1957."On m'avait demandé
d'aller montrer une DS19 au Palais du
Gouvernement", m'expliqua M. Paris, 79 ans
lorsque je pus le rencontrer en octobre 2009.
"Phibun était là, il parlait français, et comme
je lui montrais que le coffre était très grand,
suffisamment pour contenir une personne
adulte, il m'a demandé en riant d'essayer d’y
entrer pour voir... J'ai obéi, bien sûr, mais il
s'est alors amusé à fermer le coffre !"
Qui étaient les autres clients de la DS ? "Des
gens qui pouvaient financièrement se l'offrir,
bien sûr ; des Thaïlandais qui revenaient d'un
séjour en Europe et qui connaissaient déjà la
voiture ; des médecins, des ingénieurs;
quelques étrangers. Ils aimaient son confort, sa
suspension, appréciable sur les mauvaises
routes." L'effort commercial se porta rapidement
sur la version ID, à boîte mécanique, plus simple
à entretenir. Le break fut introduit, mais ne
trouva pas son public. Aucune autre version
spéciale de la DS ne fut vendue, selon M. Paris,
bien que certains clients demandaient parfois
une teinte de carrosserie particulière, comme
cette directrice de société de transport, qui
commanda le même bleu que celui des ses
camions !
M. Paris expliqua pourquoi il s'est avéré difficile de vendre la DS en Thaïlande: "Il y a eu
beaucoup de problèmes dès le début, des fuites hydrauliques surtout, et on avait du mal à
maintenir les autos en état de rouler. La chaleur également posait problème. On s'en est plaint
à Citroën, qui s'est contenté de répondre qu'en Afrique ils n'avaient entendu parler d'aucun
souci... On leur a répliqué qu'en Afrique, les gens ne roulent pas au beau milieu de la journée,
ils dorment ! Pour l'hydraulique, on a finalement eu recours à l'huile de ricin, plus adaptée à la
chaleur. En plus de l'air conditionné, on devait aussi installer un système de refroidissement
supplémentaire pour le circuit hydraulique." M. Renart, un mécanicien envoyé par Citroën avec
sa famille à Phnom Penh, se rendait régulièrement à Bangkok pour former les employés locaux.
Dans les archives du "Post", on peut trouver quelques tentatives de
M. Paris de lancer des opérations de "communication" afin de
promouvoir ses voitures, à commencer par l'Ami 6. "Oui, nous
avons organisé quelques trajets en province, pour démontrer les
qualités de cette auto, qui nous semblait plus adaptée au marché.
En ce qui concerne la DS, j'envoyais régulièrement un de mes gars
faire un tour en ville au volant de l'une d'elles sur trois roues, car
j'étais quasiment certain qu'il reviendrait au magasin avec un client
potentiel !" Cinquante ans plus tard, M. Paris ne se souvenait pas
combien de DS avaient été vendues, mais le total a du être assez
faible, peut-être quelques douzaines par an. La procédure
d'importation faisait partie de la difficulté: "Les voitures arrivaient
directement par bateau à Bangkok, et on faisait en sorte d'être
présents pendant le déchargement, pour éviter les catastrophes.
Les conditions de transport sur les lignes françaises étaient
lamentables. Une fois on a même trouvé un litre de rouge et l'Huma
sur le siège d'une voiture, et des traces de pas sur le ciel de toit !
Les voitures étaient placées n'importe où dans le bateau, parfois
en environnement très chaud et humide, directement sur des sacs
d'engrais... Le déchargement lui-même était une opération à haut
risque, et on restait souvent des heures simplement pour éviter des
problèmes majeurs... Par exemple, une fois, un gars s'était
carrément mis en tête de casser la vitre car il ne savait pas quelle
était la bonne clé pour ouvrir la porte !"
Le Premier Ministre Phibun, l'un des tout
premiers amateurs de DS en Thaïlande !
C'est ce que j'appelle un scoop. "Je me
souviens d'une chose amusante", continue
M. Paris. "Ma propre DS avait exactement la
même couleur, et un jour, nous nous
sommes croisés. Ses gardes du corps, qui
faisaient route devant lui, ne pouvaient en
croire leurs yeux en me voyant arriver, car ils
n'imaginaient pas que cela pouvait être
quelqu'un d'autre que leur patron !"

Mais le meilleur restait à venir... "Phibun
avait bien entendu plusieurs voitures, mais
c'est la DS qu'il a choisi quand il a du fuir
pour le Cambodge lors du coup d'état de
1957. On lui a tiré dessus à la frontière... Je
suppose qu'il a du continuer à pied, car nous
avons récupéré l'auto un peu plus tard, et il y
avait des impacts de balles sur l'aile
arrière." Trop fort, non ? Et vous pensiez que
le Général De Gaulle avait innové avec son
"incident du Petit-Clamart", cinq ans après ?

Jacques s'est également souvenu d'avoir
été montrer une DS au Roi du Cambodge
Sihanouk, qui en a pris une.
Ci-dessus: les rues de Bangkok en 1958. A gauche : Suriwong. C’était l’un des quartiers les plus cosmopolites de la
ville, avec de nombreux grands hôtels, banques, compagnies aériennes et magasins de souvenirs (extrait de
"Thaïlande, essai photographique commenté" de Raymonde Cauvin, Editions et Ateliers d’Arts Graphique Elsevier,
Bruxelles, 1958). A droite : Yaowarat, un autre quartier animé, qui rassemble la communauté chinoise de la capitale.     
Jacques Paris prend la pose devant
une DS décorée de manière assez
inhabituelle, au bord de la mer près
de Bangkok, peut-être à Samut
Prakan ou à Ban Saeng,
probablement vers le milieu des
années 60. C’est là un exemplaire
unique de DS en Asie "tunée", avec
entrée d’air sur le capot,  peinture
deux-tons sur les ailes avant,
"sabots d’aile", et ce qui ressemble
à un support de plaque britannique
(doc. Thittisak Hannoi).

Ci-dessous : Oriental Motors,
également situé dans la rue
Suriwong, était l’un des rares
revendeurs pouvant fournir des
pièces de rechange pour Citroën
(Bangkok Post, 27 mars 1966).
Ci-dessus et à droite
(cliquer pour agrandir):
cette superbe carte
pliante de Bangkok était
offerte à ses clients par
Siam Motors Supplies,
dont la localisation
précise est indiquée par
un cercle rouge. Ce
document en anglais, qui
peut être daté d’environ
1947, montre au dos les
différents produits
importés alors par cette
maison : la Traction
Avant, les pneumatiques
Michelin ("les plus
souples du monde" !), et
le Vélosolex ("la
bicyclette qui roule toute
seule"), cette autre
inénarrable invention
française.

Un document
exceptionnel, de Th.
Hannoi.
Ces deux photos sont les seules montrant "Plaek" Phibun
Songkhram avec sa DS19. Elles ont été prises par sa fille
Chirawat Panyarachun, au Cambodge où il passa trois
mois après le coup d’état de septembre 1957, avant de
se résigner à l’exil au Japon, où il termina sa vie. A ses
côtés, sa femme, Thanpuying La-iad Bandhukravi. Sur la
photo ci-dessus, on peut voir également Anan, leur fils
aîné, et le majordome Khun Nop.

Khun Chirawat, auteure de la biographie de sa mère, de
laquelle ces documents sont extraits, confirme que son
père a bien conduit lui-même sa Citroën ce fameux soir
du 17 septembre 1957, mais seulement jusqu’à la ville
portuaire de Trat au sud du pays, avant de gagner le
Cambodge en bateau, et donc en légère contradiction
avec le récit de Jacques Paris. Selon Khun Chirawat, la
DS beige, ainsi que le passeport diplomatique et les
effets personnels de Phibun, lui ont été apportés un peu
plus tard par Anan. On ne sait pas ce qu’est devenue la
voiture après le départ pour le Japon... J’aime l’imaginer
toujours quelque part, cachée dans un endroit secret...
Quelques années plus tard, comme on peut le deviner de par l’absence relative de publicité
dans le Bangkok Post, les ventes de la DS n’ont pas du s’avérer fantastiques. Les droits de
représentation Citroën furent finalement transférés début 1966 à une maison de commerce
locale, Bara-Windsor, alors que M. Paris ouvrait son propre garage, "Paris-Bangkok", avec
pour objectif d’assurer la maintenance des Citroën.

Pour la seconde partie de cette saga, voir
ici
Jacques Paris fut envoyé par Citroën à Bangkok en 1957 avec une mission : développer les
ventes de la DS en Thaïlande. L’importateur et distributeur officiel Siam Motor Supplies fit de
son mieux. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que cela n’a pas été facile.
Thaïlande
Page créée le 04/02/2010, révisée le 18/06/2011
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