Vietnam
Ci-dessous: le garage "Auto-Hall" des "Etablissements
Bainier d'Indochine" à Hanoï, situé au 10, Trang Thi ("L'Eveil
Economique de l'Indochine", 17 juillet 1927).

A droite: vestiges du garage de Hanoï, dans les années 90.
Ci-dessus: la "STACA" était un sous-agent Citroën pour
l'Annam ("L'Eveil Economique de l'Indochine", 16
septembre 1934), jusqu'à son remplacement par le
Garage Aviat.
Ci-dessous: le hall d'exposition Citroën du "Garage Aviat"
à Hanoï (photo non datée, "Revue Française de l'Elite
Européenne", 1952). Albert Aviat avait démarré un garage
en 1920 au 45, rue de la Chaux à Hanoï; il déménagea
au coin des boulevards Gambetta et Rialan en 1926, et
prit le nom de SNC "Aviat et Dassier" en 1929, puis
"Etablissements Aviat et Cie" en 1940. Le gendre d'Albert
Aviat, un dénommé Andréani, prit la main en 1947 et
continua Citroën au moins jusqu'en 1952.

A droite : photos non datées de Traction au Vietnam.
Ci-dessus: une carte de l'Indochine en 1931,
avec du nord au sud, le long de la Mer de
Chine Méridionale: le Tonkin, l'Annam et la
Cochinchine. Saïgon, "la perle de l'Orient",
était la capitale du sud de ce territoire
français comprenant le Vietnam, le
Cambodge et le Laos d'aujourd'hui.

Ci-dessus à gauche: l'une des premières
publicités pour Citroën en Indochine, par la
"Société Anonyme des Etablissements Bainier
- Auto Hall" ("Les Affiches Saïgonnaises", 17
septembre 1920).

A gauche: de grandes lettres "Citroën" sont
visibles sur le toit de ce hangar dans le port
de Saïgon, sur cette carte postale des
années 20. Ce bâtiment servait peut-être
pour l'entreposage et le montage final des
véhicules en provenance de Marseille.
Ci-dessus et à gauche: le
"Garage Citroën", nouvellement
ouvert au 37, rue d'Espagne,
remplace les Etablissements
Bainier. La Traction avait été
lancée par Citroën en 1934
("L'information d'Indochine,
Economique et Financière",
19 janvier et 20 avril 1935).

A droite: en 1936, Citroën créa
sa propre filiale, la seule en
Asie, la "Société Automobile
d'Extrême-Orient" (brochure
des Messageries Maritimes
de 1937). La marque parvint à
maintenir une position forte, la
première du marché en 1939,
avec 374 véhicules vendus,
devant Renault (241) et
Peugeot (227), et loin devant
Hotchkiss (18) et Matford (16).  
A gauche: la toute première mention
de Citroën dans la presse locale: Emile
Bainier annonce qu'il est devenu  
"agent exclusif pour la Cochinchine
et le Cambodge" ("Les Affiches
Saïgonnaises", 27 Juin 1919).
Les premières Citroën mordirent la poussière indochinoise en 1919, l’année même où la firme
aux chevrons fut fondée par André-Gustave Citroën. L'importateur, Emile Bainier, ancien
employé du garage Ippolito, avait déjà démarré une affaire dans l'automobile en 1914 au 40,
boulevard Bonard à Saïgon. En 1920 il fonda une nouvelle société, la "Société Anonyme des
Etablissements Bainier", qui représentait plusieurs fabricants automobiles: Dodge, et
plusieurs marques françaises aujourd'hui oubliées: Darracq, Brasier, Unic, Zèbre, et la toute
nouvelle Citroën, qui rencontra immédiatement le succès: c'était l'une des marques les plus
demandées en 1921, avec Darracq et Renault.
En 1927 Emile Bainier passa la vitesse
supérieure et inaugura "le plus beau garage
de tout l'Extrême-Orient", comme l'écrivit la
presse à l’époque, au coin des boulevards
Bonard et Charner. En 1930, la société
employait "14 Européens et 261 indigènes",
et vendit un total de 666 autos et châssis,
s'assurant ainsi la première place. Emile
Bainier quitta le pays la même année,
laissant son fondé de pouvoir Georges
Goetz aux rênes de l'entreprise.    
Des filiales furent créées sur tout le territoire:
Hanoï (1927), Hué, Tourane (aujourd'hui
Danang) et Phnom-Penh (Cambodge).
Mais la crise survint, et en 1933, les "Etablissements Bainier" perdirent les droits Citroën. La
firme aux chevrons chargea Henri Hospital d'aller ouvrir sa propre représentation: le "Garage
Citroën" au 37, rue d'Espagne (qui devint Le Loi en 1939, puis Le Than Ton depuis 1955),
suivi par une nouvelle filiale, la SAEO (Société Automobile d'Extrême-Orient), fondée le 22
février 1936, à la même adresse. Robert Morard et Henri Hospital en devinrent les directeurs.
En-dehors de Saïgon, des agents furent
recrutés pour développer les ventes et
entretenir les véhicules. Albert Aviat,
notamment, joua un rôle important: il démarra
la représentation de la marque à Hanoï en
1936, puis à Haïphong (prenant la place du
"Garage Central"), puis à Tourane (en
remplacement de la STACA). Par ailleurs,
un autre directeur de la SAEO, Georges
Desrues, partit créer sa propre concession
à Phnom-Penh
(voir       )
En 1954, alors que les Français perdaient "leur" guerre
d'Indochine et que les Américains commençaient à
renforcer leur présence dans le sud, la SAEO, dirigée
par un certain Guillemin, comptait environ 120 employés.
Ce nombre relativement élevé s'explique par le fait que
le montage final des camions T45 se faisait encore
localement, afin d'optimiser les coûts de transport. Ces
camions, ainsi que les Traction et les 2CV, étaient très
populaires auprès des sociétés (plantations, assurances,
brasseries…), des administrations et des particuliers.
Ci-dessus: le réseau Citroën dans ce
qui était encore, mais plus pour
longtemps, l'Indochine Française, et
avant l'arrivée de la DS ("Sud-Est
Asiatique", fin 1952 ou début 1953).

A droite: l'entrée de l'atelier de la SAEO,
en 1965.
En octobre, j'ai pu retrouver et parler avec  
Hubert de Jorna, qui avait été envoyé à la
SAEO en 1954 et qui succéda à Guillemin
en 1962. Il se souvenait très bien de l'arrivée
des premières DS dans le pays, en 1957:
"C'était de la folie. On a reçu des centaines
de bons de commande mais on n'a pu en
livrer qu'une centaine, peut-être, à cause
des quotas d'importation. Mais très vite, les
ennuis techniques rencontrés par les
premiers propriétaires (surchauffe et fuites
hydrauliques, malgré le remplacement du
LHS d'origine par de l'huile de ricin !)
découragea les candidats. Malgré
l'introduction de l'ID, moins compliquée, les
ventes n'ont pas dépassé les 300 voitures
pendant ces premières dix années."  
Ci-dessus: l'une des premières DS importées au
Vietnam. Cette photo, datée de 1957, a été prise devant
le mausolée du Général Le Van Duyet à Saïgon ("La DS
objet de culte", Fabien Sabatès, éd. Massin)
Ci-dessus: l'une des vingt-et-une DS19 offertes en
1957 par le gouvernement français à son homologue
vietnamien, ici à l'ambassade de France à Saïgon.
Elles devaient servir pour les négociations du Plan
de Colombo. Hubert de Jorna est second à partir de
la droite.
Ci-dessous: quelques-unes de ces voitures, devant
le Dien Hong Hall à Saïgon où se tenaient les
négociations, en 1957. Pas moins de huit DS sur
cette photo !
Les clients ? De riches particuliers,
Français, Vietnamiens, Chinois.
L'administration locale se devait d'acheter
américain...  Pas de publicité: le problème
résidait plus dans les quotas d'importation
de toutes façons. Seule la version normale
de la DS fut vendue: pas ou peu de
modification (même l'air-conditionné),
pas de break etc.

Fin 1966, suite à la Déclaration de Phnom-
Penh du Général De Gaulle condamnant
l'intervention militaire américaine au
Vietnam, l'importation de véhicules et de
pièces fut interdite: dès lors, seules environ
trente DS purent être importées, au cas
par cas, en provenance de l'usine belge de
Forrest de Citroën, pas concernée par le
blocus. Les pièces de rechange également
étaient importées de Belgique.

En 1975, Jacques Duchemin, arrivé en
1964 et qui prit la place d'Hubert de Jorna
en tant que directeur de la SAEO quatre ans
plus tard, parvint à acheminer une DS23
"Prestige", et la vendit au dernier président
du pays, Nguyen Van Thieu. Elle a survécu,
et se trouve maintenant dans une collection
privée,
voir     
ici
Ci-dessus et à gauche: photos trouvées en 2014 dans
une brocante à Saïgon. Pas de lieu, pas de date, mais
tellement de charme !
Ci-dessous: d'autres photos des rues de Saïgon,
datant des années 60 pour la plupart. On trouve
beaucoup de documents de ce genre sur le Net.
J'ai pu aussi parler au dernier directeur
de la SAEO, Jacques Duchemin, en
septembre 2014. Il m'expliqua comment
lui vint l'idée d'un modèle adapté aux
conditions particulières du pays: conçu
localement, assemblé localement. Le
projet "La Dalat" était né...
Ci-dessous: publicité pour la 2CV, destinée aux
militaires américains au Vietnam, qui sont invités à
"profiter pleinement de leur affectation" (1966), et une
autre pour la Dyane (avant 1969).

Plus bas: une Ami à Vung Tau (Cap Saint-Jacques), la
cité côtière pas loin de Saïgon. Elle ne s'est pas très
bien vendue au Vietnam.
En 1968, Jacques Duchemin obtint du
Ministère de l'Industrie l'autorisation
d'importer des éléments afin d'assembler
localement un petit véhicule, sur base 2CV.
L'auto fut rapidement conçue, avec l'aide
d'Alfred Nicolas, un agent Citroën à Dalat
(une station climatique de montagne), et la
production démarra en 1969, d'abord dans
les locaux de la SAEO, puis, à partir de
1971, dans un nouveau bâtiment situé dans
la banlieue de Saïgon. On estime que la
production totale, incluant les dernières
séries produites après la réquisition nord-
vietnamienne lors de la chute de Saïgon
en avril 1975, atteignit 3,880 autos.

En novembre 1975, sept mois après la
chute de Saïgon, Jacques Duchemin dut
quitter le pays, "en pyjama". On ne devait
pas revoir Citroën au Vietnam de sitôt...  
Cerise sur le gâteau: en 1972, Jacques
Duchemin imagina un autre modèle de
production locale: un petit camion sur
châssis de Type H avec une face "Currus",
baptisé "Bassac", du nom d'un affluent du
Mékong. Seuls 14 d'entre eux furent produits
(prototypes de bus, pick-up et ambulance),
et à ma connaissance aucun n'a survécu.
C'est sans aucun doute aujourd'hui l’un des
modèles Citroën les plus rares au monde...
("Citropolis" No. 10, 2006, article de
Christian Etienne).
Ci-dessous: l'usine utilisée par la SAEO pour le
montage de "La Dalat" à partir de 1971, sur la route de
Cholon (155, Van Don), auparavant une usine des
tabacs Bastos. La SAEO changea de raison sociale et
devint Xe Hoi Citroën Cong Ty ("Société des
Automobiles Citroën") en 1969.
Remerciements chaleureux à Hubert de Jorna, Jacques Duchemin et François Doré
(Librairie du Siam, Bangkok) pour leur aide précieuse. Je dois aussi beaucoup à Marie
et Christian Etienne et à leur ouvrage fort documenté au sujet du projet Dalat, ainsi
qu'aux collègues chasseurs de Citroën et de DS au Vietnam. Enfin, les sites suivants
ont été très utiles:

Tim Doling a un superbe site sur l'Indochine d'autrefois, et une page sur les
"Etablissements Bainier" en particulier (anglais):

Jean-Claude Toudy a beaucoup de documents sur l'Indochine Française et sur Saïgon
(français):

Beaucoup de documents d'archives sur l'Indochine ici également (français):

Sans oublier ce site, qui retrace méthodiquement l'histoire des entreprises privées dans
les colonies (français):
La "Dalat" est exposée dans
plusieurs versions de carrosserie
au côté d'un camion "Bassac", sur
cette photo prise après l'unification
du pays ("2CV Citroën, ses dérivés,
Baby Brousse, Dalat, Dalat, FAF et
autres", par Marie & Christian
Etienne, éd. L'Autodrome).
http://saigon-vietnam.fr/accueil.php
http://belleindochine.free.fr/
http://www.historicvietnam.com/
http://www.entreprises-coloniales.fr/
Citroën connut la réussite au
Vietnam, comme nulle part
ailleurs en Asie. Sa part de
marché y était au plus haut
dans les années 20 et 30, et
l'introduction de la DS à
Saïgon en 1957 fut un succès,
hélas éphémère.
ici
Ci-dessus: le garage "Auto-Hall" des "Etablissements
Bainier d'Indochine" à Saïgon, probablement dans les
années 30. C'est là que se trouve aujourd'hui le célèbre
hôtel Rex.
A droite: Bainier fait la promotion des modèles C4 et C6
("Extrême-Asie", octobre 1929).

Ci-dessous: une autre vue de ce garage à Saïgon, dans
un livre publié en 1931.
Ci-dessous à droite: des traces de ce garage étaient
encore visibles dans les années 90 (photo prise en
1997).
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